jeudi 17 mai 2018

Ernée, troisième semaine de résidence

Ambiance hyper-concentrée cette semaine à Ernée. Troisième période de résidence avec l'ami Thomas Scotto afin d'écrire et de mettre en place notre lecture commune à voix haute.
La chance de retravailler Avec Caroline Girard sans laquelle Cavale, lecture en selle, n'aurait pas existé. La même exigence toujours, le texte écrit qu'il nous faut reconsidérer comme simple matière première, reponctuer, retravailler au corps.
Grand bonheur d'être une nouvelle fois en Mayenne et remerciements chaleureux à Clarisse Gougeon de la Communauté de communes de l'Ernée qui a eu la lumineuse idée de nous proposer cette résidence.
En attendant la dernière période de résidence qui se clôturera par une restitution à Ernée, le vendredi 21 septembre. En attendant la naissance de cette lecture commune qui je l'espère trouvera d'autres endroits où se lover, eh bien voici rien que pour vous un petit extrait.
Le principe retenu avec Thomas est le suivant. Thomas a choisi dans mes livres dix extraits de textes. Ces derniers lui ont servi de base pour écrire dix nouveaux textes. J'ai fait la même chose de mon côté. Voilà ce que cela peut donner.
  
Peut-être tu reviendras là… Après longtemps d’absence. Je t’entendrai faire tourner la clé dans notre sens préféré et, du sol au plafond, se remettra en route notre petite mécanique de printemps.
Thomas Scotto : Dans ma maison. La maison est en carton

Et ce sera comme si rien ne s’était passé. Rien de ce qui hante encore. Ta petite valise contenant quelques vêtements, ton sèche-cheveux et le saladier offert par ta mère, le saladier offert par mamy. Juste ça pour partir. Et laisser tout le reste : le mari, les enfants, la maison de lotissement, le couloir de chez nous si étroit, interminable, qui s’étire comme dans les cauchemars.
On peut courir. Le sol défile sous les pieds et on n’avance à rien. Et ton mari qui se roule par terre pendant que le grand-frère, celui qui devrait, pourrait, aurait pu, aurait dû me prendre sous son aile se replie, se rétracte comme une huître en haut de l’escalier. Si ça n’a pas d’ailes, ça sert à quoi un grand-frère ? Papa dit quelque chose comme Si tu passes cette porte, je te préviens, tu ne reviendras jamais. Et moi je ne suis rien dans l’histoire. Je suis seulement deux yeux dans l’histoire. Invisible et muet.
Le mari et le grand-frère, on les entend pleurer. Ça prend toute la place.
Peut-être tu reviendras là. Comme j’aurais aimé que tu reviennes. Après longtemps d’absence même. Ma porte toujours ouverte pour toi, avec des envies de te serrer finalement impossibles. Dans ma maison, avant qu’elle ne s’écroule pour quelques années.
Ce jour où tu as franchi la porte.
Et ça aurait tenu du miracle. J’aurais entendu ta voiture se garer sur le trottoir et tu aurais surgi, ta grosse mallette d’infirmière à la main, à toute vitesse. Tu serais rentrée à la maison et je t’aurais entendu faire tourner la clé dans notre sens préféré.

jeudi 12 avril 2018

Artaud, avancée des travaux

Deux cases fraîchement sorties de l'atelier de Laurent Richard... fin de la vie d'Artaud, lorsqu'il était dans son petit pavillon d'Ivry... et un point sur l'avancée des travaux.
Côté dessins, nous sommes à mi-parcours. Tout ce que je découvre du travail de Laurent me ravit. Nous partageons les mêmes visions. Composition des images, couleurs, de belles audaces. Je crois que chacun a trouvé sa place, ses marques, ses libertés nécessaires dans le projet.
Côté scénario, découpage, je me suis attaqué depuis quelques semaines à ce qui constituera le chapitre 3 du roman graphique, la période de la vie d'Artaud qui va de l'enfance à son internement. Enfance marseillaise, montée à Paris, débuts dans le théâtre, le cinéma, rencontre avec les Surréalistes...
Passionnant. Vraiment. J'espère qu'au final, eh bien le livre qui naîtra le sera tout autant pour vous. Sortie prévue début 2019 chez Glénat dans la magnifique collection 1000 feuilles.

mercredi 11 avril 2018

Semaine du livre jeunesse de Luçon

Je serai vendredi 13 et samedi 14 du côté de Luçon pour participer à une manifestation bien sympathique et retrouver quelques collègues de grande valeur, Gilles Abier, Alex Cousseau, Christophe Alline, Jean-Christophe Tixier, Flore Vesco, Aurore Petit et bien d'autres.
Le vendredi, direction Champ-Saint-Père pour rencontrer les élèves de l'école Cousteau. Et le samedi, signature sur le salon.
Au plaisir de vous y croiser...

mercredi 21 mars 2018

12 jours

Hier, je suis allé voir le dernier documentaire de Raymond Depardon. Filmer des visages et des voix.
En sortant de la salle, toujours les mêmes interrogations. On a changé depuis longtemps la folie en maladie mentale, pour la circonscrire, tenter de la tenir à distance. Placer ces personnes dans l'anormal, la pathologie.
La souffrance dans leurs yeux, leurs mots. L'incompréhension ou la résignation face à l'hospitalisation sous contrainte.
Le jeune homme enfermé depuis des mois, venu là après un passage à l'acte, une hétéro-agressivité pour employer les mots de la juge, le jeune homme calmé par les médicaments qui tente de crier quelque chose et les mots se bousculent, ça bafouille et on entend "la folie d'un être humain". Et ce jeune homme, hétéro-agressif, souffre aussi de poly-addiction. Lâchons ce mot aussi pour conserver le langage de la justice et de la médecine. Cocaïne et cannabis. D'où vient le problème ? Comment et pourquoi devient-on poly-addict ? N'est-ce pas la société qui fabrique cela ?
Bien entendu, l'hospitalisation de ces personnes en souffrance et/ou en crise est nécessaire, mais les questions demeurent et la force des images de Raymond Depardon est bien de les ramener une fois de plus à la surface, ces questions.
Qu'est-ce qui rend fou ?
Est-ce la société qui fabrique la folie, l'angoisse qui pousse à exploser, à péter les plombs ?
Est-ce la pathologie qui pousse à l'acte, au moins à l'intention de l'acte, ou est-ce l'acte qui rend malade par le traumatisme qui en est la conséquence ?
Face à la caméra de Depardon, qui parle, témoigne ?
Des gens fracassés par leur parcours de vie.
Merci monsieur Depardon de faire résonner les voix des invisibles.

jeudi 8 mars 2018

Solenn et Plop épisode 7


Découvrez le 7e épisode de la série Solenn et Plop, Une nuit sous la tente, consacré aux contes et légendes de Bretagne. C'est par ici.

C'est la fin de la journée. Solenn et Plop sont à proximité du champ de mégalithes. Ils s'apprêtent à camper. Dans le jardin de Solenn, petit feu de camp. On passe à l'histoire du soir. L'extra-terrestre se révèle curieux, cela permet de donner des infos sur ce qui est spécifique à la Bretagne sur le sujet. La nuit arrive. Juste avant le coucher, Solenn évoque l'Ankou. On passe à la deuxième partie de l'épisode. Le rêve cauchemar de Plop en lien avec ce qu'il a entendu. Il se réveille en sursaut. Solenn le rassure et lui propose de rentrer à la maison pour terminer leur nuit.

Solenn et Plop sont les personnages d’une websérie junior, proposée par Bretagne Culture Diversité, qui sera diffusée à raison d’un épisode par mois sur le site Bécédia.bzh et sur la playlist Youtube de Solenn et Plop.


Solenn a 10 ans et habite en Bretagne. Plop est un extraterrestre. Son vaisseau spatial est en panne et il ne peut plus rentrer chez lui. Solenn guide Plop dans la découverte de son nouvel environnement ; un véritable voyage initiatique, parsemé de mille et une aventures.
À raison d’un épisode de deux à trois minutes par mois, le public est invité à suivre les aventures de nos deux héros, qui leur apporteront des connaissances sur la Bretagne.

Participent au projet :
Une production Bretagne Culture Diversité
Avec le soutien de la Région Bretagne
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Idée originale, Scénario et dialogues : Benoît Broyart
Animations & Montage : Damien Barrachin
Illustrations : Studio Crumble
Habillage sonore : Julien Henry
Musique du générique : Nirmaan
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Directeur de la publication : Philippe Ramel
Directeur de rédaction : Charles Quimbert
Recherche documentaire
& secrétariat de rédaction : Philippe Lanoë

mardi 27 février 2018

Artaud

Actuellement replongé pour un temps dans l'aventure Artaud entamée avec Laurent Richard il y a quelques mois déjà, et pour ma part... eh bien il y a quelques années plutôt.
Je suis en train de découper la partie relative aux neuf années d'internement. Programme sombre et en même temps, période qui marque la renaissance d'Artaud en tant que poète, artiste en pleine possession de ses moyens. C'est tout le paradoxe. Fascinant.
Passionnant également de voir à quel point avec Laurent Richard nous sommes en phase sur les directions à prendre afin de parvenir à créer un roman graphique qui tente de mêler plusieurs visions de la réalité avec une belle priorité donnée à celle d'Artaud.
Interroger la folie... Interroger la différence.
Hâte que vous découvriez ce livre qui devrait naître début 2019 dans la magnifique collection 1000 feuilles des éditions Glénat. Remerciements à Franck Marguin pour la confiance accordée.
Et pour l'heure, je retourne à Rodez.

jeudi 22 février 2018

Retour à Marâtre...





Après quelques semaines passées entre salons, interventions scolaires et livraisons de textes de commande, me voici revenu à Marâtre, cette tentative à trois voix, avec le désir de poursuivre, de m'enfoncer encore. Chaque matin, l'engagement de commencer pas cela, pour faire avancer les images, les séquences.
D'où vient ce besoin ? Jamais assez sur ces chemins ? Toujours les mêmes qu'on arpente pour s'écorcher, se mettre à vif. Après, ça tremble un peu, on est à fleur de peau. Et le lendemain, rebelote.
Se remettre à la tâche pour tenter de mener à bien quelque chose que personne n'attend. Expérimenter surtout, de nouvelles techniques d'écriture, espérer toucher le vif du sujet.
Vingt séquences pour l'heure. Pas si mal. Même si... Même si... possible que, une fois le chantier bouclé (Oui mais quand ? Dans l'année j'espère...) Possible que tout soit à mettre à la poubelle. En tout cas, on aura tenté la chose. Le désir d'entraîner les lecteurs dans ces trois voix.

Un petit morceau rien que pour vous du travail en cours...


"Au bout de quelques mois, quelques semaines peut-être même, nous avions disparu pour notre père. Nous étions devenus transparents. Nous nous étions éteints. Et lui avait disparu pour nous. Nous étions certains, ma sœur et moi, que nous ne le reverrions plus. En tout cas pas comme nous aurions souhaité le voir. Non qu’il ait vraiment changé pour ses autres interlocuteurs. Ses amis, ses collègues de bureau, le peu de famille qui suit notre vie quotidienne, marraine mise à part, bien entendu, personne n’a rien pu soupçonner, déceler. C’est que cette femme cachait merveilleusement bien son jeu. Avec ma sœur, nous avons pensé au bout d’un temps qu’il ne s’agissait pas de sa première action de ce type. Elle avait brisé d’autres enfants avant nous. Mais pour cela, c’est sûr, puisqu’elle était entrée chez nous avec une telle santé, elle n’y avait laissé aucune plume pour le moment. Et même, ces différents forfaits lui avaient donné plus de force. J’imaginais facilement les petits corps malmenés, les gifles, les humiliations, les consignations, les interdictions qui brisent. Combien d’enfants avant notre calvaire ? Avec nous, en entrant dans notre maison, en la salissant, elle n’avait sans doute pas pensé que nous serions plus coriaces. Elle nous anéantirait et passerait le temps qu’il faudrait pour arriver à ses fins. Voilà ce qu’elle avait pensé naïvement. C’était sans nous connaître."